MARSEILLE / 2022-2023

Un ensemble de résidences de recherche création dans l’espace urbain à Marseille, Tunis et Strasbourg entre avril 2022 et fin 2023. Un projet porté par la Cie Rara Woulib [Marseille] et Play>Urban [Strasbourg], avec le Festival de Marseille, la Friche de la Belle de Mai… [à Marseille], le festival Dream City [à Tunis], la JEEP Neuhof [à Strasbourg] – PROJET EN COURS DE MONTAGE.

RESUMÉ DE LA PROPOSITION :

Un dispositif de recherche/création collectif, à Marseille, Tunis et Strasbourg, co-réalisé par la Cie
Rara Woulib (Marseille) et Play>Urban (HEAR Strasbourg). En explorant des possibles de furtivité,
de hacking, de jeu avec les conventions, on tentera de développer des pistes concrètes pour des
formes théâtrales immergées dans l’espace urbain, en relation avec des contextes, leurs habitants,
et des structures sociales. Il s’agit ainsi d’interroger et de travailler à déconstruire la scène
théâtrale comme convention, comme format, d’en reconfigurer les limites, d’y associer les gens, de
la rendre poreuse aux environnements dans lesquels elle s’inscrit.
Ce projet prend la forme d’un dispositif de collectif dans les trois villes, une série de résidences
associant les artistes de la cie Rara Woulib, des étudiants et enseignants-artistes de la Haute Ecole
des Arts du Rhin (programme Play>Urban), à Strasbourg, des artistes tunisiens liés au festival
Dream City, associés à des chercheurs, universitaires, écrivains et artistes invités.
L’ensemble du processus sera documenté – les protocoles de documentation faisant partie du
dispositif de recherche – et fera l’objet de publications : en ligne (site web open source & HEAR), et
papier, sous la forme de journaux largement diffusés, et d’une publication finale.
Enfin une série d’événements publics rythmera le projet, dans le cadre du Festival de Marseille à
l’été 2022, à Strasbourg fin 2022, puis à Tunis en octobre 2023.

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‘De l’agilité théâtrale en espace public/ infiltration, contournement, hacking’

« Hacker, ce n’est pas être malveillant, c’est avant tout posséder un esprit curieux, tâtonner, fouiller dans
les entrailles d’un système, le détourner de son usage principal, et se le ré-approprier, sans jamais rien
détruire. » Antoine Larribeau, ENS de Lyon.

Dans un contexte de privation d’espace de liberté orchestré depuis plusieurs années par des
réglementations et autres situations exceptionnelles (sanitaire, sécuritaire, autocensure des
structures de production), par expérience, nous observons une fermeture progressive de l’espace
public, des espaces de création et de jeu, conventionnels et non conventionnels. Il nous paraît donc
nécessaire, voire urgent, d’engager un travail de recherche/création qui explore l’agilité des espaces
urbains dans lesquels nous vivons en échafaudant des tactiques théâtrales de contournement qui
explorent et s’emparent des interstices entre usages et législation pour faire émerger des
dispositifs singuliers et des formes de monstration en relation proche, voire intime avec les
contextes et leurs habitants. Tout en veillant évidemment à préserver un cadre légal à ces
pratiques.
Il ne s’agit pas de penser simplement en termes d’espace, mais plutôt en lien avec des
infrastructures humaines [référence ici au concept du sociologue AbdouMaliq Simone], combinant
espace et usages, et d’explorer à quels endroits et comment des artistes peuvent venir, d’une part
exploiter les formes et dispositifs de théâtre qui saturent en permanence l’urbain et la vie
quotidienne, et d’autre part combler un vide, remplacer un rouage manquant en mettant à
contribution leurs compétences artistiques pour la communauté. On questionne ici le rôle
politique et social de l’artiste, l’art dans l’espace public comme un outil de citoyenneté.
Ainsi il ne s’agit pas de reproduire des dispositifs théâtraux conventionnels, mais plutôt de travailler
collectivement à en inventer tout au long de cette recherche collective, de créer des espaces de
partage de stratégies et de pratiques. On travaille à produire de la connaissance et à ouvrir les
potentialités, les modes de pensée et de faire de la création en espace urbain. A
développer une agilité à penser l’espace public comme espace habité, soit habiter l’espace en artiste
de théâtre, dans un équilibre entre réglementation et usages. Le hacking peut ici s’aborder comme
une méthode ou comme une revendication à plus de proximité entre le théâtre et les contextes.
Sous la forme d’une série de laboratoires inscrits en immersion et dans la durée dans trois
quartiers de villes, à Marseille, Tunis et Strasbourg, il s’agira d’animer un dispositif d’intelligence
collective pluridisciplinaire, de partager expériences et problématiques afin d’explorer des pistes de
recherche création attentives à la densité des contextes et du vivant. Réfléchir ensemble à la
résolution de problèmes et à l’élaboration de grandes lignes stratégiques. Ce projet de recherche
esquissera ainsi un ensemble de protocoles pour des pratiques théâtrales et artistiques dans
l’espace urbain. Sous la forme de dispositifs singuliers de proximité qui s’emparent de conventions
sociales existantes (les funérailles, la marche, la manifestation revendicative, la file d’attente, la place
de marché, le deal de stupéfiants… ) et/ou qui en inventent. Il tentera au fil du projet d’en rendre
compte.
Ces protocoles seront issus à la fois d’une réflexion collective, d’une observation de pratiques et
d’espaces urbains situés et de l’élaboration de dispositifs de théâtralité (à la fois consistante et
inconsistante – le propre du geste théâtral, et la furtivité du performatif dans la vie sociale) que
nous expérimenterons tout en les documentant. Nous tentons ainsi de reprendre à un endroit
actuel les enjeux formulés en leur temps par John Cage, Antonin Artaud, Richard Schechner,
Augusto Boal, FLuxus et bien d’autres (voir, en danse contemporaine, par ex, les écrits de Julie
Perrin), d’une théâtre proche de la vie, non séparé de celle-ci. Qui est la vie.